Du daguerréotype au Kodacolor


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En 1839, Daguerre et Talbot inventent un appareil photographique qui révolutionnera la plupart des sociétés. Auparavant, les individus ont toujours perpétué leur mémoire à l’aide d’arts picturaux multiples, allant des simples dessins datant de plusieurs milliers d’années retrouvés à l’intérieur de grottes, aux peintures élaborées de la Renaissance qui soulèvent des thèmes fort variés culturellement. Grâce au daguerréotype, il devient possible de figer le temps et l’événement sur une plaque quelconque, phénomène qui, incroyable pour l’époque, deviendra populaire très rapidement.

"L'atelier de l'artiste", photographie de 1837 par Mandé

“L’atelier de l’artiste” : daguerréotype de 1837 réalisé par l’inventeur du procédé,
Louis Jacques Mandé Daguerre (Société française de photographie).

En 1840, les premières photographies domestiques québécoises sont prises dans la Vallée du Saint-Laurent, mais sont alors assez dispendieuses et nécessitent un temps d’exposition très long. Grâce à des innovations technologiques faisant souvent appel à des produits chimiques, l’on réussit assez rapidement à réduire le temps de pose ; dès 1850, la photographie nécessite quelques secondes et les individus moins aisés ont aussi accès à ce média qui devient plus abordable. Les images sont alors produites sur une plaque de cuivre argentée et polie, et disponible en divers formats : plaque de 16.5 X 21.5 cm, demi-plaque, quart de plaque, sixième de plaque et neuvième de plaque.

Dès 1860, le daguerréotype est remplacé par des appareils ambrotypes et ferrotypes qui permettent la diffusion à large échelle de la photographie. Toutefois, certains problèmes subsistent, tels l’effet miroir, une complexité du procédé et un coût parfois élevé, mais l’apport d’ingénieuses techniques (le calotype, l’utilisation de l’albumine d’œuf, le support en plaque de verre, etc.) va graduellement rendre l’appareillage plus souple, moins lourd, plus efficace et d’une qualité de plus en plus notable. D’ailleurs, l’industrialisation fait vite de s’emparer du marché des plaques de verre. À partir de 1880, c’est la Stanley Dry Plates de Montréal qui fournit ce genre de production aux Québécois. L’on voit même apparaître des diapositives sur verre, parfois retouchées, à la main, de couleurs variées servant pour la projection à l’aide de lanternes magiques.

Garnies de ferrures et d’objectifs en laiton, le bois exotique est utilisé pour construire les appareils du siècle dernier; la beauté artistique est aussi importante que les complexes mécanismes photographiques, et même les photos sont encastrées à l’intérieur de boîtiers luxueux afin de préserver les précieux souvenirs.

Propre à l’ère industrielle et à un marché de consommation en pleine expansion, notamment au Québec, l’on aperçoit de nombreux studios de photographie profiter de la forte demande en offrant leurs services de photographie. L’apparition de la carte de visite (8.5 X 6 cm) est d’ailleurs une mode populaire de par le monde, qui touche le Québec dès 1861, et qui sert même aux photographes qui s’en servent à des fins publicitaires : il n’est pas rare de retrouver, au verso de la carte, l’adresse commerciale ainsi que le logo stylisé du studio émetteur. Ce sera également le cas avec la carte stéréoscopique qui, elle, est un objet familial, ludique et également de collection, qui permet une imagerie en trois dimensions qui fascine les gens. Les images qu’on y retrouve sont de tout acabit et de régions mondiales variées; il s’agit d’un passe-temps en grande demande. L’on retrouve également des cartes mortuaires et des médaillons qui arborent des photographies significatives et commémoratives.

De tous les genres photographiques, la carte postale est vraiment le médium le mieux adapté à la découverte de notre planète. Ainsi, à une époque d’industrialisation et de commercialisation des produits, et d’ouverture sur le monde, la carte postale se veut le prolongement imagé de cette internationalisation qui s’éveille. Après 1895, pour un tarif d’un cent pour une carte postale privée non timbrée ou gouvernementale prétimbrée, il s’agit d’un moyen pratique et peu coûteux d’être en contact avec des images de multiples horizons. D’ailleurs, la carte postale illustrée telle que nous la connaissons actuellement nous vient directement des débuts du siècle. La production de cartes postales engendre même l’ouverture de plusieurs industries spécialisées dans sa confection au Québec : J.G.A. Gagnon de Waterloo, J.O. Dubuc de Victoriaville et Richard et Coulombe de Nicolet en sont de fiers représentants, parmi plusieurs autres.

    Mais la photographie et la publicité ne profitent pas qu’aux artisans, car être mis en image devient, pour les gens reconnus (politiciens, religieux, artistes, scientifiques, etc.), une marque de reconnaissance populaire. Suite à cette prolifération du média photographique, un vaste public de consommateur s’empresse de collectionner leurs photos et de les mettre en évidence dans certaines pièces de la maison.

    Carte postale propre aux “Folies-Bergères” (Walery, c. 1900).



    À vrai dire, les années 1880 vont littéralement révolutionner le jeune art que constitue la photo; suite à l’invention d’un support plastique par Eastman et Reichenback, remplaçant le support de verre, le Kodak no 1 fait son apparition vers 1888 et inclut un rouleau de cent poses. Cette révolution technologique, impossible sans la société industrielle, permet à la photographie de devenir un loisir collectif, un moyen de documenter la vie domestique et d’apprivoiser l’art !

    Quant à l’approvisionnement en appareillage photographique, les Américains alimentent, dès 1860, notre marché d’appareils de toute sorte. À Québec, J.-E. Livernois vend même le Kodak no 1 dès sa sortie sur les marchés, et quelques années plus tard, il n’est rare de voir certains marchands louer les appareils. Bref, en cette fin de XIXe siècle, faire de la photo devient une activité pour Monsieur Tout-le-monde.

    Avant 1903, les photographes colorent parfois leurs œuvres à la main afin de vivifier l’image. Avec l’invention de la plaque autochrome par les frères Lumières au début du siècle, un procédé commercial en couleurs fait son apparition, alors que d’autres procédés sont inventés tout au long de la première moitié du XXe siècle afin d’ajouter la couleur aux photos : le kodachrome en 1935, l’Agfacolor en 1939 puis le Kodacolor en 1942, entre autres. D’autres innovations modifient et favorisent le développement des appareils de photographies : c’est le cas de la lampe électrique, le fameux flash inventé en 1931, qui permet de figer dans le temps des actions rapides, bien souvent associées aux domaines sportifs ou culturels.

    Appareil photo Kodak de 1921

    Appareil photographique Kodak daté de 1921 (brevet original en 1913).

    Enfin, ce que l’on constate en cette fin de XIXe siècle, c’est la prolifération des inventions qui visent à reproduire non plus que des images, mais aussi des sons. La mécanisation des instruments permet d’en arriver à des résultats impensables quelques années plus tôt. L’on voit donc apparaître le téléphone de Bell en 1875, le phonographe d’Edison en 1877, puis le dictaphone en 1890, tous des inventions qui favorisent les échanges domestiques et commerciales, directement issues de la lignée du modernisme.

    L’innovation technologique permet aux inventeurs de tirer de larges profits de leurs réalisations et de s’imposer au marché mondial. C’est le cas du gramophone de Berliner (1889) qui supplante tous les autres types d’appareils et qui se sert des possibilités techniques de l’époque : l’on voit donc des tourne-disques à ressort et manuels rapidement emprunter les moyens électriques pour fonctionner. Ces inventions sont importantes à l’industrialisation, car elles nécessitent plusieurs industries qui produisent ces appareils tant demandés. Montréal devient ainsi un pilier de la production musicale en Occident. Grâce à de grandes chaînes de magasins telles Eaton, Simpson et Dupuis, les appareils nouveau genre sont facilement écoulés et répondent aux besoins du marché. Bientôt, la radio puis la télévision entrent en scène et transformeront, à nouveau, les plus grands projets de reproduction auditive et visuelle en réalité concrète. La planète, au XXe siècle, se globalise de plus en plus !

    Robert Radford, M.A. ©1999, 2011


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