Tunnel entre Québec et Lévis : pour stimuler l’économie intermunicipale

Québec est l’une des plus belles villes du monde et, selon Travel+Leisure, la meilleure ville canadienne en 2017. En tant que citoyen de cette municipalité, cela me procure beaucoup de fierté, certes, mais aussi une certaine vision critique (constructive, cela dit !). Ce regard analytique quant à notre cité est important et la mairie de Québec afflue dans le même sens en proposant aux citoyens de partager leurs idées avec la communauté de cette ville intelligente.

Outre les aspects touristiques, la ville connait – depuis quelques années déjà – une problématique liée à la congestion routière de plus en plus sévère et le maire Labeaume tente, depuis quelques temps, de répondre à celle-ci par le biais d’initiatives et de réflexions diverses, notamment un réseau structurant de transport collectif.  Curieusement, le maire ne désire inclure la ville de Lévis quant à ses plans et cela favorise donc le maintien de Québec en tant que ville de type “fer à cheval”, soit un concept à la fois rarissime et peu enclin à favoriser l’économie régionale.

Québec et Lévis
Québec et Lévis

Certes, de nombreuses voix commencent à s’élever – heureusement – afin de réclamer une troisième voie. En espérant que celle-ci ne soit située à Sainte-Foy, à l’emplacement des deux ponts actuels, mais plutôt au croisement des autoroutes de la Capitale et Dufferin-Montmorency, un tunnel pourrait enfin permettre aux citoyens de l’est de la ville de traverser aisément le fleuve afin d’aller travailler à Lévis et sur la Rive-Sud.

Par exemple, un citoyen du secteur de Beauport se voyant offrir un emploi au sein du siège social du Mouvement Desjardins sur la rue des Commandeurs à Lévis (soit un employeur important de la région, doté de milliers d’employés) doit littéralement affronter plus d’une heure de circulation routière, des bouchons qui n’en finissent plus et des retards assurés. Par ailleurs, les possibilités sont limitées pour celui-ci :

1) emprunter l’autoroute de la Capitale (l’autoroute Félix-Leclerc pour être plus précis) puis l’autoroute Henri-IV pour traverser l’un des ponts et ensuite affronter la circulation de plus en plus présente en direction de Lévis;

2) emprunter l’autoroute Dufferin-Montmorency, patienter lorsque la circulation est congestionnée dès la sortie D’Estimauville ainsi que dans le secteur du Vieux-Port puis longer le fleuve jusqu’aux ponts et enfin filer en direction de Lévis avec tout le trafic qui s’impose; ou

3) utiliser les services du traversier Québec-Lévis.

En roulant sur les autoroutes, il s’agit d’une cinquantaine de kilomètres versus cinq à dix kilomètres si un tunnel Beauport-Lévis existait (tout dépendant de la sortie envisagée du tunnel du côté de la Rive-Sud). Pour sa part, le traversier demeure un choix judicieux présentement malgré certaines lacunes : des coûts plutôt élevés pour effectuer la traversée par bateau, des difficultés possibles liées au trafic menant vers le secteur du Vieux-Port de Québec et les attentes possibles au niveau de l’embarquement, entre autres (sans oublier les retards et les ennuis mécaniques). Afin de favoriser le traversier, il pourrait être intéressant pour les conducteurs de se voir offrir des rabais substantiels pour peu qu’ils travaillent sur la Rive-Sud, par exemple. Pour le moment, il n’en est rien. Ainsi, lorsque vient le temps pour un citoyen de l’est de la ville de Québec d’opter pour un emploi sur la Rive-Sud, c’est un pensez-y bien ! Il faut être prêt à affronter la circulation et aussi mettre la main dans son portefeuille : il faudra payer pour les coûts liés à l’utilisation de son véhicule pour un trajet aller-retour d’une centaine de kilomètres quotidiennement (par le biais du covoiturage, l’un pourra certainement économiser de ce côté), débourser de nouveau si l’on utilise le traversier et payer encore si votre employeur propose ou instaure un stationnement payant…

La solution du tunnel apparait, à long terme, la plus raisonnable. Elle permettrait aussi de régler la problématique du pont de l’Île d’Orléans qui en est rendu à sa fin de vie utile, et ce, en considérant plutôt des voies de sortie et d’entrée secondaires pour le tunnel dans la partie ouest de l’île; il ne faut oublier que construire un nouveau pont pour les besoins des citoyens de l’île coûterait un milliard de dollars, voire plus.

Big Dig road vehicle tunnel (Boston, USA)
Big Dig road vehicle tunnel (Boston, USA) – CC BY 2.0 (https://goo.gl/sZ7V7x)

Mais combien pourrait coûter le tunnel – ou plutôt les tunnels – puisqu’il s’agirait possiblement de deux tunnels parallèles ? Selon le professeur Bruno Massicotte de l’École Polytechnique à Montréal, une telle infrastructure d’une longueur de 7,8 kilomètres et d’une largeur de 15,1 mètres pourrait être mise en œuvre et complétée pour environ 3,5 à 4,5 milliards de dollars et pour des coûts d’opération et d’entretien de 2,3 milliards de dollars (2016) sur cent ans. Toujours selon l’ingénieur, cela pourrait prendre entre dix et quinze ans aux fins de la réalisation.

Et qui paiera ? Cette question est intéressante ! Les citoyens de l’Île-du-Prince-Édouard, une population d’environ 150 000 personnes, ont droit à leur pont de 12,9 kilomètres d’une valeur initiale d’un milliard de dollars depuis le printemps 1997. Ceux-ci ont le désavantage de devoir payer chaque fois qu’ils quittent leur île : 46,50 $ en 2017 et aucun rabais pour ceux qui résident dans cette petite province. Et pour le nouveau pont Champlain à Montréal : « Le gouvernement Trudeau compte subventionner entièrement le nouveau pont Champlain qui sera construit à Montréal pour 4 milliards de dollars, sans exiger le moindre péage » (extrait du site https://goo.gl/o8yiFU le 28 août 2017). Compte tenu de l’importante population demeurant dans la région, soit près de 750 000 dans la Capitale-Nationale et approximativement 150 000 à Lévis, est-ce que le gouvernement fédéral serait aussi généreux qu’il l’a été pour Montréal ?

Reprenons notre exemple du citoyen du secteur de Beauport qui pourrait, sans trop de soucis, emprunter le tunnel afin d’aller travailler à Lévis : cela lui prendrait une quinzaine de minutes pour effectuer son trajet, il économiserait beaucoup d’argent, d’essence et de temps et gagnerait – certainement – en productivité. Moins de stress, plus de temps pour sa famille et, surtout, à l’heure pour son travail ! Ne reste plus qu’à convaincre les politiciens, les ingénieurs réticents et, ne l’oublions pas, certains citoyens qui demeurent sceptiques.

En dernier lieu, voici quelques sites fort intéressants en lien avec ce défi du transport urbain :

  1. TunnelTalk, Cost benefits of large-diameter bored tunnels (2015), extrait du site https://tunneltalk.com/TunnelTECH-Apr2015-Arup-large-diameter-soft-ground-bored-tunnel-review.php le 28 août 2017.
  2. Annie Morin, Un tunnel Québec-Lévis à 4 milliards $ (2016), extrait du site http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/transports/201609/13/01-5019940-un-tunnel-quebec-levis-a-4-milliards-.php le 28 août 2017.
  3. Eric Mack,Elon Musk’s Boring Company Is Actually Digging Hyperloop Tunnels (2017), extrait du site https://www.forbes.com/sites/ericmack/2017/05/17/elon-musk-the-boring-company-hyperloop-tunnels-spacex-tesla/#6e9fa7f64787 le 28 août 2017.

Robert Radford, M.A.

Article en lien : version anglaise / English version.

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